Santé, 22/04/2016

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Une coopération médicale positive entre Valenciennes et Ouarzazate

Des liens forts et historiques existent entre la France et le Maroc dans tous les domaines. Toutefois, une coopération médicale entre établissements publics de santé est plus rare et d’autant plus avec un territoire très éloigné de la Place Jemaa el-Fna ( Visuel Dr Imad El Kouarty et M. Allal Benchahb).

Contexte d'une coopération officielle

Ouarzazate est une ville au sud du Maroc, la porte du désert Sahara, site touristique et reconnu hier pour ces plateaux de cinéma. Pour relancer cette région, ce territoire se développe dans les énergies renouvelables. Ségolène Royal vient d'inaugurer " Noor-1", la plus grande centrale solaire du monde, un ensemble de panneaux photovoltaïques sur 480 hectares et à terme sur 2 500 hectares, gigantesque !

Dans cette optique, toute entente, échange tirant vers le haut cet espace enclavé est primordial. C'est dans cet esprit constructif que cette coopération officielle, d'Etat à Etat, a été signée le 06 juillet 2015 liant le Centre Hospitalier de Valenciennes et le CHP de Ouarzazate au Maroc. " Il y a de nombreuses similitudes entre nos établissements, des territoires en terme de population, certains déserts médicaux, des organisations médicales, des pratiques… Notre coopération est soutenue financièrement par l'Agence française de Développement ", entame en propos liminaires Philippe Jahan, le directeur du CHV.

Il faut préciser que le Maroc est un Etat centralisateur et la province de Ouarzazate est très éloignée du pouvoir. Dans cette région particulièrement enclavée, la santé publique souffre depuis longtemps d'un manque chronique de moyens financiers. D'ailleurs et contrairement à d'autres provinces marocaines, il n'y a quasi pas d'établissements de santé privé " tout est public ", précise le directeur administratif du CHP marocain.

Le cadre médical

Bien sûr, il faut un axe médical fort, source d'échanges et de progrès pour les deux parties.  " Le choix s'est porté sur le programme national 2012-2016 sur la réduction de la mortalité des mères et des enfants à l'accouchement. Notre département Mère-Enfant, l'équivalent du Pôle Mère-Enfant au CHV, est concerné par ce programme national très ambitieux ", souligne le Dr Imad Imad El Kouarty, responsable du département Mère-Enfant à la maternité de Ouarzazate.

Les objectifs nationaux sont chiffrés précisément " sur 100 000 accouchements, il faut passer de 332 à 83 mères décédées. Sur 1 000 naissances, de 76 à 25 enfants décédés". Durant l'année 2015, sur la maternité de Ouarzazate, nous avons perdu 2 mères seulement " , déclare le Dr  Imad El Kouarty ce qui prouve la qualité de cet outil public de santé dans un contexte budgétaire contraint.

Ensuite, cette convention a pris une forme concrète avec un premier voyage d'une équipe de 7 personnes du CHV, durant 8 jours en novembre 2015, au sein de l'établissement marocain. Cette fois, pour une semaine à Valenciennes, c'est une équipe marocaine composée de 2 médecins, 1 sage femme, 1 infirmière en anesthésie, 1 infirmière en néo Nat, 1 infirmière-direction des soins et le directeur administratif

L'histoire de cette relation internationale vient d'une rencontre privée " ma femme s'occupe de différentes actions sociales dans le cadre du marathon des sables sur ce territoire. De fil en aiguille, nos équipes ont fait un voyage d'étude, je tiens à des conventions réelles et pas des parrainages sans un objectif précis. Puis, nous avons demandé respectivement à nos autorités de tutelle un cadre officiel  ", ajoute le directeur du CHV.

Les ressources financières

Le hasard faisant bien les choses, l'hôpital provincial du CHP de Ouarzazate, composé de l'Hôpital Sidi Hssain Bennaceuur et l'Hôpital Bougaffer; irrigue un territoire très vaste (comme le CHV) " nous avons une population d'un million d'habitants sur les 5 provinces, Ouarzazate, Errachidia, Zagora, Tata et Tinghir. Nous répondons à une demande équivalente à celle d'un hôpital régional ", explique le directeur administratif du CHP, Allal Benchahb. En résumé, cet outil public de santé est confronté à une activité d'un établissement régional tout en ayant l'enveloppe budgétaire d'un hôpital provincial !

Cet aspect est une différence notable entre le cadre financier de santé français, passé au tarif à l'acte et par suite à une dotation en conséquence, et le régime de santé public Marocain encore sous enveloppe générale. " C'est notre ancien système de la dotation globale ", explique Philippe Jahan. Face à la fréquentation et à la performance des équipes médicales du CHP de Ouarzazate, cette situation budgétaire est difficile.

Si des mutuelles etc. sont en vigueur, d'autres avancées importantes sont en place au Maroc, il existe " pour les plus démunis des accès aux soins gratuits mais sans aucune contre partie financière pour l'hôpital public ", souligne Dr Imad Imad El Kouarty. C'est la gratuité sans la sécurité sociale derrière, on touche du doigt notre incroyable privilège dans la gratuité de l'accès aux soins en France, il faut dire les choses comme elles sont !

Pour y remédier, des soutiens se sont faits jours comme la Banque Européenne qui a débloqué 140 millions d'euros pour la modernisation de 17 hôpitaux marocains. " On nous incite à solliciter le mécénat pour les équipements de santé ou encore la pharmacie hospitalière parfois en rupture ", commente Allal Benchahb.

Politique d'essaimage du département Mère-Enfant

Deux philosophies différentes se construisent entre ces 2 outils de santé public " nous essayons de promouvoir avec PRADO (Le programme d'accompagnement du retour à domicile) une nouvelle dynamique afin de réduire le temps d'hospitalisation de la mère et de son enfant", souligne Philippe Jahan. Par contre, du coté de Ouarzazate, on démultiplie les unités mobiles. Cette particularité de l'unité ambulatoire de soins est déjà en pratique afin d'atteindre des zones plus reculées au niveau médical, dans les montages de l'Atlas par exemple : " Ce sont les Al Oumouna, des maternités dans des sites plus éloignés. Elles vont accueillir durant 24 à 48H les mères avant de venir sur la maternité de Ouarzazate, Des examens de base pourront se réaliser dans ces Al Oumouna ", commente  Allal Benchahb.

Parfois, la situation est trop engagée et c'est pourquoi " il existe également des maisons d'accouchement. Elles sont financées par un fonds d'Etat dans les différentes provinces ", précise le docteur Imad El Kouarty de formation gynécologue.

La logique de fond est une stratégie de concentration des patients au sein du CHP de Ouarzazate. " C'est une volonté de ramener un maximum de patients, de clients, sur notre site ", précise Allal Benchahb.

C'est le croisement des ambitions, plutôt hors les murs sur le CHV, en France plus généralement, afin de diminuer le coût de la nuité hospitalière tout en assurant la sécurité médicale de la patientèle. Par contre au Maroc, il faut attirer au sein de l'hôpital public pour assurer la meilleure prise en charge et un parcours du soin le plus bénéfique pour le malade.

Echange des pratiques

Le partage des compétences est intéressant surtout quand on met en perspective les moyens humains " nous avons 62 sages-femmes pour 3 600 accouchements à l'année au CHV. Sur la maternité de Ouarzazate, c'est 16 sages-femmes pour 4 200 accouchements… ", explique Philippe Jahan.

Les structures organisationnelles sont similaires, il existe des deux cotés de la Méditerranée, un CME (Comité Médical d'Etablissement), un équivalent de l'Agence Régionale de Santé au Maroc et de plus omniprésent au sein de l'établissement ! Pour le reste " c'est en terme de management qualité que nous pouvons apporter le plus aux agents de santé de Ouarzazate, notre formation continue des personnels, formation autonome pour le bloc obstétrique/gynécologie, le parcours du soin etc. Il ne faut jamais oublier que l'hôpital, quel qu'il soit, demeure un vivier de compétences ", conclut Philippe Jahan.

Cette convention signée pour 4 ans va permettre deux voyages par an et par délégation. Ce croisement des compétences, cet échange médical apportera sans aucun doute un regard plus pointu sur ses pratiques médicales respectives, ses vertus, ses sources de progrès et bien sûr ses échecs et leurs explications.

Un grand philosophe disait " ce n'est pas grave de tomber, ce qui est grave est de ne pas se relever !"

Daniel Carlier

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