Culture, Manifestation, 01/05/2016

Vieux-Condé/Les Turbulentes

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Tourbillon de jolis moments aux Turbulentes

Avignon a son festival, Le Boulon a le sien. Les Turbulentes 18ème édition ont eu lieu tout le week-end au Centre National des Arts de la Rue à Vieux-Condé. Au cœur de la région des Hauts de France, ce festival est l’un des plus importants rendez-vous de théâtre de rue.

Le 1er rendez-vous de la saison, 100% gratuit, voit se mélanger des milliers de visiteurs, une centaine de professionnels, des responsables de festival et des programmateurs, 27 compagnies pour 200 artistes. Un vrai cadeau de culture. Ici ça bouillonne, ça turbule, ça pétille, ça fleurit, ça fait réfléchir, ça émeut, ça embellit la vie !

L'équipe artistique du Boulon et sa directrice Virginie Foucault, nous ont, encore cette année, concocté un programme d'une rare qualité avec un accueil des plus sympathiques. Ici au Boulon, une plongée dans la culture et les arts, on se sent bien ! Le temps semble s'arrêter. Le ciel semblait menaçant, même une averse quelques minutes avant l'ouverture officielle. Puis des éclaircies, et même de jolis rayons de soleil pour ce dimanche, comme des petits bonheurs, qui ont permis aux Turbulentes de briller encore plus.

Un programme exceptionnel, une chance pour le territoire.

Cette 18e édition c'est l'âge mûr des Turbulentes, ouverte vendredi soir à 18h27 par Calixte de Nigremont, véritable concepteur en joyeuseté. Un millésime pour petits et grands amateurs de théâtre de rue. « L'un des festivals les plus importants en France . Dans une ambiance fraternelle », explique la directrice. Ici, au Boulon, dans cette ancienne usine de fabrication de boulons réhabilitée en univers de folie et de création qui a largement trouvé sa place, les spectacles proposés à la curiosité des spectateurs sont pour tous les goûts.

Une très belle fenêtre culturelle qui dévoile 9 créations 2016 faisant leur première à Vieux-Condé mais aussi des créations 2015 et antérieures. Parmi toutes celles-ci, des vraies pépites et une jolie sortie de fabrique quelques jours avant, celle de la Cie D'irque & Fien avec Sol Bémol. Un spectacle tendre et charmant, un joli moment de poésie et de cirque à bord de piano-volant, qui caresse avec délicatesse notre âme d'enfant.

Les coups de cœur de la Rédac.

On attendait Soif, de la Compagnie Vendaval, on l'attendait fortement. Un sujet poignant traité au travers de la danse et du théâtre attirait forcément notre curiosité. On voulait que ce théâtre/danse nous bouscule. Il l'a fait ! En ouverture vendredi soir. Une femme, seule, sur un banc. Elle nous parle. Les mots viennent de loin. D'un endroit dont on ne revient pas, où très peu. Sur son bras tatoué, un matricule. Helen Miller est une survivante de la Shoah. Déportée d'Auschwitz, elle crie ses mots, ses maux, elle danse ses souffrances, leurs souffrances, nos souffrances. Elle revient en arrière, dans le passé qu’elle n’a jamais révélé à personne. Ses mouvements sont parfois durs, parfois doux. Son corps tantôt attendri souvent meurtri. Elle nous replonge dans ces moments douloureux de l'Histoire. Des scènes parlées entrecoupées de scènes dansées sur un fond musical transcendant, mettent en valeur les textes de Charlotte Delbo.

« Il fallait survivre pour dire, elles voulaient toutes revenir pour dire, pour tout raconter… Mais moi je n'ai rien dit car il faudrait les mots pour expliquer l'inexplicable et ces mots n'existent pas », narre t-elle. Cette production, elle le fait à merveille, elle réussit à formuler en gestes et en musique, l'inexplicable. Cela nous a ému, presque aux larmes.

Samedi, du théâtre de rue engagé s'il vous plaît, Rue Jean Jaurès, Cie Internationale Alligator. En cette période de doutes et de troubles, la Cie fait revivre en pleine rue et à pleine voix, les combats, le parcours et les valeurs que défendaient Jean Jaurès, avec son intégrité. Jaurès, philosophe, journaliste humaniste attaché aux droits de l'Homme, défenseur de la République, assassiné le 31 juillet 1914 pour son opposition à la première Guerre Mondiale ! Au milieu de ces années de commémoration, culotté et à voir absolument.

Une déambulation libre et vivante où les comédiens, montés sur des escabeaux, changent de chapeau comme de rôle. L'histoire est en mouvement dans la rue et le public, porté à une réflexion sur cette page de notre histoire, remonte la rue en même temps que la vie de Jaurès, en passant par les moments forts du siècle : l'affaire Dreyfus, la séparation de l’Église et de l’État, la fondation du journal L’Humanité, le tout avec des personnages clés : Jules Guesdes, Louise Michel, Rimbaud...Le public joue aussi, il est tout à tour, mineur, député, citoyen. Il est, par 3 comédiens, 1 comédienne et 1 technicien mobile, impliqué, entraîné, même bousculé, tout simplement pour qu'il ressente mieux l'Histoire afin de prendre conscience que lui aussi est architecte du présent et non pas seulement spectateur. Une petite merveille et une très jolie façon de faire apprendre l'Histoire aux enfants et un rappel très sympathique aux grands. Un spectacle que l'on aimerait voir jouer dans les écoles.

Enfin troisième coup de cœur, encore engagé, forcément. J'écris comme on se venge, de la Cie Les Arts Oseurs. Un spectacle a deux voix, une comédienne, Périne Faivre et un peintre, Moreno. Une vraie symbiose entre le théâtre et la peinture. Le duo met en scène les textes de Magyd Cherfi, la plume, chanteur et parolier, du groupe Zebda. Il évoque la cité de son enfance, les peines et les joies de l'embrouille identitaire, les débordements de l’amour maternel entre autres. Le petit garçon né dans les cités toulousaines a grandi. Il est devenu un homme, sorti du quartier aux forceps mais toujours hanté par les siens, par leurs baisers et leurs claques, leurs bleus de travail et leur manque de mot, leur amour immense. La comédienne a en main, Livret de famille  et  La Trempe, qu'elle brandit haut, et Moreno, tient pinceaux et peinture, pour offrir des vraies performances artistiques qui ont ravi le public venu nombreux. Un spectacle qui passe tour à tour d’une incarnation de la famille Cherfi, de ses couleurs et de ses coups de gueule, à des moments d'une vérité criante fissurant d'émotions. Rugueux mais poétique.

Les habitants specta-acteurs ! Un festival qui se fait avec et pour les habitants.

Ici les habitants sont acteurs de leur festival. Les Turbulentes, c’est aussi la large place faite à la participation des habitants, à travers notamment la scénographie urbaine qui explore le thème «Cousu(e) de fil blanc ». Cocons et nuages suspendus, fils tendus et jeux de mots poétiques disséminés dans la ville ont été confectionnés par les écoles, les centres de loisirs et des « petites mains d'or » des bénévoles passionnés. Les habitants specta-acteurs ont sublimé et enchanté Vieux-Condé le temps du week-end. Certains ont même été impliqués dans le spectacle de la Cie La Hurlante Regards en biais et plus de quatre-vingt bénévoles aident à l'organisation. Jolie initiative du Boulon, cette année : deux compagnies sont logées chez l'habitant.

Voilà c'est fini. Au bout de ces trois jours de douce injection de culture et d'arts de la rue, on en a pris plein les yeux, on a vu des milliers de sourires et entendu des tonnes d'applaudissements. Des moments comme seule la culture et les arts peuvent offrir. Un pur moment de bonheur et de folie. La culture n'est pas un luxe, on ne peut pas s'en passer. Les Turbulentes se ré-inventent chaque année, alors comme le théâtre de rue est le reflet de la société, on vous dit à l'année prochaine pour sauver le monde avec des mots.

Céline Druart

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