Culture, 26/06/2016

2666 au Phénix à Valenciennes

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2666, Julien Gosselin est un génie

Samedi 11 h 45 à la montre. Rendez-vous au Phénix pour 2666 de Julien Gosselin.  12 heures de spectacle, 4 entractes, une œuvre monumentale, par la Cie Si vous pouviez lécher mon cœur ; premières représentations sur la scène nationale valenciennoise avant de prendre la route direction le festival d’Avignon (crédit photo Simon Gosselin).

Un des spectacles les plus attendus de l'année. Un défi pour Julien Gosselin, pour les artistes et pour nous aussi. Une envie irrésistible d'y être. Tout le monde du théâtre est prêt. Tous sont là, ou presque. On avoue que nous, on a craqué en lisant dans une interview accordée au journal Le Monde où Julien Gosselin expliquait l'origine du nom de sa compagnie-Si vous pouviez lécher mon cœur- « Si vous pouviez lécher mon cœur, vous mourriez empoisonné » est une phrase extraite de "Shoah", de Claude Lanzmann, que Stuart Seide répétait souvent parce qu'il lui trouvait des accents shakespeariens ».  

Ici, au Phénix, phare de la culture, totem de la création, Romaric Daurier a frotté la lampe. En est sorti, Julien Gosselin. C'est un génie. Le jeune homme, pas encore trentenaire, s'est attaqué à l'un des monuments de la littérature contemporaine, 2666 de Roberto  Bolaño. Avant de partir pour le festival d'Avignon, la Cie a joué au Phénix son défi gigantesque. « Une expérience totale, une traversée commune entre le public et les acteurs », exactement comme le souhaitait le jeune metteur en scène, artiste associé au Phénix.

Ce samedi, artistes, politiques, amoureux du théâtre... et Xavier Bertrand, au Phénix pour l’événement

Romaric Daurier nous accueille à l'avant-scène, le restaurant du Phénix, un verre d'eau à la main, il ne manque pas de nous proposer un petit café. Le temps est compté. Dans quelques minutes commencera l'épopée Gosselin. Il confie « il y a une sorte d'alignement des étoiles entre tous les acteurs » et dit de Xavier Bertrand, présent dans la salle, « qu'il fait honneur à la politique culturelle ambitieuse du territoire. Il y a le Canada de Justin Trudeau et les Hauts de France de Xavier Bertrand ».

Un bouillon de personnalités venues tout spécialement ce samedi pour la représentation de 2666 parmi lesquelles entre autres l'ancien directeur du festival d'Avignon, Vincent Baudriller, actuel responsable du théâtre de Vidy-Lausanne, Agnès Trolly directrice de la programmation du festival d'Avignon auprès d'Olivier Py, Laurent Dréano, conseiller spécial de la ministre de la culture, Thierry Devimeux, sous- préfet, Pierre Michel Bernard, Patrick Roussiès, Geneviève Mannarinno, etc., accompagnés par le monde des arts et de la culture du Valenciennois.

Xavier Bertrand  avoue « adorer cet endroit. Le Nord est une Terre de création. Ce que vous faîtes avec les compagnies est formidable. J'ai eu l'occasion d'en parler avec Laure Azoulay, elle est 3000% partante ! ». Le président a un petit quelque chose à  demander à Romaric Daurier « j'aimerai que vous vous chargiez aussi du maillon d'avant. Les compagnies vont se sortir les tripes pour vous prouver qu'elles en valent la peine. On pourrait le faire avec une implantation locale, l'idée m'est venue avec François Decoster cette semaine. Quand on a des lieux comme le Phénix, on s'appuie dessus ! ».  Aujourd'hui le ministère de la culture soutient le spectacle vivant, avec de nouvelles enveloppes budgétaires allouées. Ah si Romaric Daurier avait entendu, comme nous, le « waouh » non contenu du président de Région à l'heure du premier entracte...

Le Phénix, pôle Européen de Création, accompagne l'émergence artistique, via les artistes associés tel Julien Gosselin

(Entracte) Le Phénix a fait preuve depuis 2009 de son efficacité dans l'accompagnement et la sécurisation des parcours des compagnies, via les artistes associés et le campus. Comme le souligne  Antoine Billaud, directeur de production du collectif XY, « nous avons des valeurs communes et l'état d'esprit du Phénix : ouverture au monde, entraide, solidarité.. .nous commençons à trouver notre place dans ce pôle de création. Nous avons des projets de création pour l'espace public, nous voyageons, et nous avons trouvé un vrai point d'accroche ici au Phénix » ou encore Julien Fournier, co-directeur artistique de l'amicale de production, qui témoigne « un partenariat fort existe entre le Phénix et les compagnies. Une collaboration dans le respect du travail de chacun. Le Phénix apporte un cadre, des moyens, qui nous aident à nous développer ». A noter d'ailleurs qu'en cette fin de saison au Phénix, avant la présentation de la saison 2016/2017, ce mardi à 20 h, avec les Amis du Phénix,  aura lieu en salle des pédagogies,  la restitution des cours de théâtre de Monsieur Albert et Mademoiselle Kristell. En attendant l'annonce officielle du « pôle européen de création» qui arrivera cet automne.

Le 2666 de Roberto Bolaño et le 2666 de Julien Gosselin

Un pavé. Plus de 1000 pages. 2666, du chilien Roberto Bolano, est  unanimement considéré comme l’un des premiers chefs-d’œuvre littéraires du XXIe siècle. L'épigraphe de Bolano pose le cadre, c'est un extrait du poème Le voyage des Fleurs du Mal de Baudelaire « une oasis d'horreur dans un désert d'ennui ». C'est l'histoire de  meurtres irrésolus de centaines de jeunes femmes, à Santa Teresa, près de la frontière mexicaine que Julien Gosselin a décidé de le faire vivre sur scène. Lui, ce qui l'intéresse, c' est la façon dont l'auteur dit la force de la littérature, la force de la poésie mais interroge également sur la force de celles-ci face à la violence du monde. « Quels livres lisez-vous d’habitude ? Avant, je lisais de tout, professeur, et en grande quantité, aujourd’hui je ne lis que de la poésie. La poésie seule n’est pas contaminée, la poésie seule n’est pas dans le coup. Je ne sais pas si vous me comprenez professeur. La poésie seule, et encore pas toute, que ce soit clair, est un aliment sain et pas une merde », peut-on entendre dans le spectacle.

(Visuel de Julien Gosselin/Crédit photo Simon Gosselin)

Julien Gosselin a respecté la structure narrative de l’œuvre, les cinq parties qui sont autant de romans dans le roman.  Il annonçait qu'il souhaitait qu'il soit « pour le spectateur ce qu'il est pour le lecteur, énorme, infini, jouissif, pénible parfois ». Il l'est. Bravo ! Embarquée dès les premières secondes, comme aspirée par l'histoire, et jusqu'au bout de la nuit.  Une puissance incroyable. Une  fascination instinctive. Une attraction magnétique. Une énergie communicative déployée par les  comédiens, parfaits, qui tour à tour sont personnages, narrateurs, musiciens etc. Tous habités, donnent corps et âme, et nous entraînent avec eux dans un décor évolutif. Passant d'un canapé noir, à une chambre à coucher, d'un appartement à un autre décor, dans des boîtes transparentes, comme des cages de verre, qui se reconfigurent à volonté et dans lesquelles se jouent des scènes filmées par une caméra qui retransmet en direct au dessus de la scène. Transcendant. Un temps on hésite entre cinéma et théâtre ; jeux de lumière, musique, tout y est. Une merveille.

Les impressions de la rédac

Nous on aime le théâtre, on veut qu'il nous bouscule, qu'il remue chez nous des tas de choses, qu'il fasse surgir, tel un volcan, des éruptions incontrôlées d'émotions  et qu'il nous secoue de l'intérieur. Le théâtre est bel et bien, comme disait Jean Vilar « une nourriture aussi indispensable à la vie que le pain ou le vin ».  On ne vous en dira pas plus sur 2666, on ne vous parlera pas des tonnes d'applaudissements à la fin de ce monument théâtral, ni du temps nécessaire pour se remettre de nos émotions, on vous laissera découvrir. Juste un mot suffit : époustouflant. Ou peut-être celui-ci : magnifique. On ajoutera que ce fût une  fabuleuse et merveilleuse aventure de 12 heures. Que notre cœur a battu aux rythmes de la pièce. Que notre respiration a connu des temps calmes et d'autres très mouvementés. Une vraie tempête! Que lors des entractes, les  rais  de lumière qui s'infiltraient par les baies vitrées étaient douloureux, tant l'envie nous dévorait de retourner  dans la pièce, dans le noir, sur les fauteuils rouges, dans un voyage guidé par la Cie « Si vous pouviez lécher mon cœur » et son capitaine au long cours Monsieur Julien Gosselin.  Oui, dans le ciel, ce soir, il y a quantité d'étoiles...

Céline Druart

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